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LETTRE AU GARDE DES SCEAUX Sommaire · Collectif · Lettre · Signataires
Monsieur Dominique PERBEN
Garde des Sceaux Ministre de la Justice 13, Place Vendôme 75001 PARIS Monsieur le Garde des Sceaux, Dans un communiqué en date du lundi 3 décembre (AP), vous dites avoir donné l'instruction aux Procureurs de réprimer ''avec fermeté'' les actes de racisme en Corse ; avoir donné ''les instructions les plus fermes'' aux Procureurs de la République dans l'Ile de Beauté pour poursuivre tous les actes de racisme ; et enfin avoir invité le ministère public à faire appel systématiquement en cas de condamnation insuffisante en première instance d'un auteur d'acte raciste. Ces mesures sont-elles spécifiques à la Corse ou applicables pour tous les citoyens sur l'ensemble du territoire national, à crime identique, de façon équivalente de Strasbourg à Sartène ? Ce communiqué précise que selon les chiffres du Ministère de l'Intérieur, publiés le 27 décembre, 107 actes et menaces racistes ont été commis dans l'île en 2004, soit plus de la moitié des 194 faits recensés en France sur l'ensemble de l'année. Pour mémoire le communiqué officiel du Ministère de l'Intérieur précisait :'' Si la violence raciste et antisémite (194 actes et 711 menaces) a connu depuis le 1er janvier 2004 une progression sensible par rapport à la même période de l'année précédente (112 actes et 418 menaces), elle se révèle en légère baisse (-5%) au dernier trimestre de l'année 2004 par rapport à la même période de 2003. 70,5 % de ces actes ont été constatés en Ile-de-France. Par ailleurs, l'année en cours a été marquée par un nombre important de profanations et d'actes visant les lieux de cultes chrétiens (92 faits), juifs (31 faits) et musulmans (28 faits), ainsi que par une hausse préoccupante des actes racistes et xénophobes en Corse (107 actes et menaces contre 15 en 2003).'' En résumé, il s'agit en 2004, d'un total de 905 actes et menaces (194 actes et 711 menaces) pour l'ensemble du territoire pour 107 actes et menaces en Corse (non différenciés dans le communiqué du Ministère). Nous sommes bien loin de la moitié des faits recensés en France sur l'ensemble de l'année en adéquation avec la sentence de l'écrivain Jean-Christophe Rufin en charge d'un rapport sur la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, et dont la compétence dans ce domaine a été sévèrement critiquée par le Monde Diplomatique. Le décompte de ces violences fait l'objet de contestations. Lors de chaque dépôt de plainte réalisé en Corse, la victime est interrogée sur son origine (maghrébine ou pas) alors que ce n'est pas le cas ailleurs. Cette spécificité destinée à établir des statistiques sur les motivations des violences expliquerait le fait que la Corse enregistre un record en matière d'agression contre les membres de la communauté maghrébine. Ajoutons à cela, que si les graffitis inscrits sur les murs en Corse par des mains anonymes sont comptabilisés comme actes racistes (ce qu'ils sont véritablement), nous devons également prendre en compte toute la prose qui décore les murs de l'ensemble du territoire français. Cette comptabilité laborieuse, risque de modifier les statistiques que nous contestons. Comment passe-t-on de 15 actes et menaces en Corse à 107 ? Ici intervient la responsabilité des médias qui depuis près d´un an, présentent la Corse comme le principal foyer du racisme en France. Cette campagne médiatique, dépourvue de nuances, prétendant lutter contre le racisme en accentue les effets dans l'île et hors de l'île. Pourtant la responsabilité de certains élus est également à déplorer. Certains multiplient effets de manches, interprétations de statistiques et autres déclarations fracassantes quand ils devraient chercher consensus et apaisement. On assiste à un rejet grandissant des maghrébins en Corse, et des continentaux envers les Corses, plus particulièrement ceux qui vivent hors de l´île. Les déboires de la Maison de la Corse Paris-Ile de France en sont la parfaite illustration. Invité en février 2004 sur un plateau d´émission (France 2), pour assurer la promotion d'un Festival sur le thème de la Corse, le président de la Maison de la Corse Paris - Ile de France a été questionné de façon virulente (condamnation du CSA), à propos de l'actualité de l'île. Depuis, les locaux de la Maison de la Corse Paris - Ile de France sont la cible d'agressions et dégradations. Le 7 décembre dernier, lors d´une audience au sein du Tribunal de Police de Levallois-Perret, alors qu'un individu comparaissait pour insultes (''Sales corses on va vous renvoyer chez vous !'') et dégradations - en public - de la Maison de la Corse Paris - Ile de France, le prévenu s'exclama : ''On sait bien que tous les Corses sont des racistes !'' Le fait que les Corses soient TOUS racistes s´est imposé au tribunal comme une évidence puisque les propos diffamatoires tenus par cet homme pour toute explication d´un acte violent ne semblent avoir ému ni le juge de proximité, ni l´officier du ministère public. Le silence approbateur des magistrats, allait permettre à l´audience de se poursuivre. Attitude, peu professionnelle pour ces garants du respect de la loi en France. Après avoir fait part de son sentiment d´indignation, le président de la Maison de la Corse Paris - Ile de France a décidé de porter plainte pour injures et diffamation. L´idée selon laquelle les Corses sont tous racistes est largement en train de faire son chemin dans la société civile française. Cela au point d´en devenir préoccupant. Par la présente lettre ouverte, nous vous demandons de vous élever publiquement, au sein de votre ministère et dans les médias, contre tout acte anti-corse. Le rejet de l'autre est évidement condamnable, nous le condamnons fermement, et attendons une réciprocité de la part de notre classe dirigeante. Vous précisiez au Corse-Matin (23 novembre 2004) lors de votre venue dans l'île : "Il n'y aura pas de justice d'exception''. C'est tout ce que nous souhaitons pour les Corses en Corse et les Corses hors de Corse, en application des voux de tolérance et de fraternité voulus par le Président de la République. Veuillez croire, Monsieur le Ministre, à l´expression de notre profond respect. Pour le Collectif de Soutien à la Maison de la Corse Paris-Ile de France Christian Defendini |